Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 19:29

C’est le matin du 27 octobre, une date que je n’oublierai pas, le vent se stabilise à 15/20 noeuds au sud est, c’est bon cette fois on est bien dans l’alizé. Le vent adonne un peu, le bateau marche à 9 nds, l’ambiance à l’extérieur est plutôt humide. Vers 11h je pense que c’est genak, mais je décide de temporiser une heure, je ferai un essai après la vacation. A ce moment là je n’avais plus le contact avec Nico mais au fond de moi je savais qu’il était sous genak depuis un moment. Je l’envoie donc en prenant 2 ris dans la GV, le bateau est maintenant à 10 noeuds et je suis vraiment content, on est à 500 miles de Fernando de Noronha et je me dis que le vent va adonner et qu’on va pouvoir garder des moyennes élevées. Je vois l’arrivée proche, 1100 miles mais à ce rythme ça fait 7 jours maximum.

Après un quart d’heure de genak, je suis à la barre et je vois le mât se casser sous mes yeux à un mètre au dessus du pont… Après l’euphorie, c’est l’abattement. Je ne voulais pas croire ce que je voyais, j’avais une absolue confiance dans mon mât, il en a vu d’autres, mais il faut croire qu’il en a gardé la mémoire. En effet pendant les trois jours de molle, j’entendais des petits claquements secs quand la grand voile claquait, c’était sûrement du micro délaminage.

Bon, ce n’est pas le moment de se relâcher, je suis tout seul sur mon bateau par 2°N/28W et le mât est cassé à la base. Mais je suis sur la mini transat, j’ai un tracker. Tout en rangeant les voiles d’avant dans le bateau je fais le point sur les différentes issues possibles : soit j’arrive à refaire un gréement pour rejoindre la terre par mes propres moyens soit j’abandonne le bateau.

La grand voile est très difficile à récupérer, le rail pour la ralingue est plié plus haut parce que le mât c’est aussi brisé sous la première barre de flèche. Il faut remonter le mât sur l’arrière du bateau, couper la drisse, arracher le rail du mât pour faire glisser la grand voile dans le rail. C’est vraiment essentiel de tout récupérer intact, surtout les voiles. En voyant ce qui me reste du mât j’imagine tout de suite comment remettre le bout de mât qui reste, je suis très optimiste, j’en ai besoin.

Ma plus grande peur est ma scie à métaux, j’ai usé toutes mes lames pour réparer le bout dehors. Je sais que ce travail de re mâtage est considérable alors je fais un premier gréement de fortune avec la bôme et le tourmentin mais je me rends tout de suite compte que c’est impossible de faire du près, au contraire ça accélère ma dérive vers l’ouest. Je visualise la carte dans ma tête et je pense à la Guyane qui doit être à 1000 miles dans l’ouest, j’ai 15 jours de vivre, déjà c’est bon je n’abandonnerai pas le bateau mais maintenant je dois tout tenter pour aller à Salvador.

Je me mets au travail, je sors la fameuse scie à métaux. J’ai choisi un modèle qui rentre dans la caisse à outils qui n’est pas très grosse. C’est une bêtise, les outils sont essentiels. Je commence à scier le tube au dessus de la barre de flèche pour pouvoir le faire passer par l’étambrai. Et ma scie qui n’a plus de dents coupe lentement le tube mais le problème est que je n’arrive pas à retourner le mât pour scier la partie basse, je finis le travail en le cassant. Ce qui m’inquiète un peu parce que la surface d’appui et vraiment faible, j’espère que ça tiendra la compression. Donc après avoir coupé le mât, je coupe les haubans en faisant un nœud de chaise au bout, pour pouvoir les rattacher, je mets en place la bôme en vertical au niveau de l’étambrai bien haubané avec une poulie attaché en haut, c’est avec ça que je lèverai le gréement, je retire tout ce qui a en haut du mât, je mets deux drisses en extérieur pour hisser la GV et le tourmentin, parce que celles qui sortent en bas du mât sont inutilisables. J’enlève tout ce qui est sur le pont pour que les haubans ne s’accrochent nulle part au moment de lever le gréement.

Il faut imaginer tout ce travail avec deux mètres de creux, le bateau sans le mât fait des mouvements vraiment secs. J’ai levé le mât jusqu’en haut de la bôme, j’ai attrapé les drisses qui sortait au pied du mât pour le faire basculer et l’implanter. Une fois posé au haut fond du bateau j’ai stabilisé le mât avec les bastaques passées en provisoire par les cadènes reprises sur les winch. Une fois stabilisé je suis allé préparer l’intérieur, c’est là l’opération la plus délicate car il faut relâcher le haubanage provisoire pour le relever et le poser sur le socle. Les mouvements brusques du bateau ont fait taper le mât dans l’étambrai pendant que j’attachais le pied de mât à la quille pour qu’il ne chasse. Ces minutes étaient interminables, à tenir le pied de mât d’une main en faisant un brélage de l’autre main, j’ai entendu des craquements de carbone à chaque fois qu’il tapait d’un côté à l’autre de l’étambrai. Une fois stabilisé, je me suis précipité à l’extérieur pour reprendre le haubanage provisoire, et là, j’ai réalisé que c’est gagné: j’ai réussi l’opération, il est vingt heure, je voulais re mâter avant la nuit, c’est gagné.

J’avais aussi l’envie de finir l’opération avant que le bateau accompagnateur n’arrive sur moi, ça m’aurait mis la pression. Dans la nuit, le bateau accompagnateur Pen Ar Clos apparaît sur l’AIS à 3 miles, je l’appelle en VHF et il me dit que personne n’était au courant de mon démâtage. Denis Hugues qui surveille la progression des bateaux était dans l’avion pour le Brésil, et le petit bouton vert qui permet de signaler un problème n’a pas marché. Je lui raconte ce qu’il s’est passé;  je lui dis que je ne suis pas encore en confiance avec le gréement et il continue sa route.

L’inquiétude maintenant est de savoir si ça va tenir la compression. Je mets en place mon haubanage, je règle le mât, et mets en place les voiles, je constate l’efficacité du gréement, je suis à 6 noeuds sur la route mais ça tape violement dans les vagues. A chaque vague j’ai peur pour mon pied de mât. Je mets beaucoup de temps à m’habituer aux nouveaux bruits du bateau, aux nouveaux mouvements, le bateau va à 6 noeuds mais il reste à plat et donc tape beaucoup et les vagues passent sur le pont, c’est très inconfortable. Je me rends compte que le bruit du craquement du carbone pendant le dé mâtage m’a traumatisé et les bruits des câbles électriques qui tapent dans le mât me rappellent ce bruit.

La nuit suivante Pen Ar Clos revient vers moi sur la demande de Denis, et m’apprend que l’info est sur le site web et que mes parents sont inquiets, ils ont appelé l’organisation. Je lui dis que tout va bien, je prends confiance dans le gréement malgré la mauvaise mer. J’ai mis en place un système pour affaler le tourmentin dans les grains pour que le bateau ne dépasse pas 6nds. Maintenant je ne suis plus en régate; le plus important est d’arriver à Salvador sans re casser le gréement. Je n’ai pas beaucoup dormi jusqu’à Fernando, soit 450 miles. J’ai remis en place un bout d’antenne BLU et installé l’antenne de secours pour la VHF, ce qui m’a permis de parler avec Pen Ar Clos et de leur faire savoir que je recevais toujours les vacations de Denis, j’avais donc la météo, des petits messages personnels et le classement. Jusqu’à Fernando j’avais la même vitesse que les bateaux de série.

Un peu avant Fernando j’ai réussi à discuter un peu avec Donatien, mais après je n’ai eu aucun contact avec d’autres minis, la portée VHF est faible avec l’antenne de secours. Le bateau accompagnateur Atypic est venu à ma rencontre à 400 miles de Salvador pour faire des photos pour le site et pour faire un petit article. Je commence à trouver le temps long, pendant les après midi le bateau marche à 3 noeuds, il n’y a strictement rien à faire dans le bateau, je n’ai pas de livre. J’ai pris un rythme de terrien, j’ai beaucoup dormi, j’ai pu organiser le bateau pour me faire un lit confortable.

La météo annonce un affaiblissement de l’anticyclone et l’arrivée d’un front liée à une dépression qui est encore très sud, ça veut dire qu’on va finir au près avec du vent de sud soutenu et une très mauvaise mer. Denis est un peu inquiétant, il annonce des rafales à 35 noeuds et une mer très mauvaise. Je décide donc de faire du sud pendant 24 heures pour avoir un peu d’angle sur le dernier bord.

Je sais que Susy va passer près de moi connaissant les distances au but et sa position demandée 24 heures avant à Atypic. Elle est passée à seulement 5 miles, mais sa moyenne est bien plus élevée que la veille et quand j’essaye de l’appeler elle est loin devant.

Le vent de sud a eu 36 heures de retard, ce qui fait que je fais du vent arrière à 3 noeuds pendant 24 h au lieu de faire du près à 6 noeuds. Mais quand le premier grain annonçant le changement de temps est arrivé j’ai trouvé que le portant à 3 noeuds n'était pas si mal. La mer est croisée, le bateau accélère parfois à 8 noeuds et tape violement. Le bateau est difficile à ralentir, les conditions sont dures mais il reste seulement 200 miles. Je commence à faire des estimation d’heure d’arrivée et me dis que ça serait bien de ne pas arriver en pleine nuit, j’ai envie que les copains soient là pour m’accueillir.

J’arrive en vue de la côte à la tombée du jour, je vois les buildings éclairés de plus en plus près. Le passage entre le phare à l’entrée de la baie et le banc de sable fait 500 mètres de large et j’ai peur que la mer déferle, mais si je fais le tour du banc de sable, j’arrive en pleine nuit. Je passe le phare et il reste 3 miles jusqu’à l’arrivée, ça va vite, le courant porte bien. A deux miles de la ligne d’arrivée un premier bateau arrive pour me saluer avec mes parents à bord. Je passe la ligne vers 23 heures, le zodiac m’amène dans la marina, et là je commence à entendre des cris et des applaudissements, je vois beaucoup de monde sur la terrasse du club et sur les quais, c’est l’accueil parfait que j’espérais, je m’en rappellerai très longtemps…

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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 14:47
Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 16:32

La mer est maintenant beaucoup plus plate et organisée, ça permet de faire des surfs assez incroyables. Je découvre avec bonheur que ma quille qui entrait en résonance à partir de 16 noeuds, ne bouge pas, en tout cas jusqu’à 19 noeuds. Le travail de l’hiver a payé, c’était mon angoisse avant le départ,  mais finalement il n’y a qu’une journée sur toute la transat où on a eu l’occasion d’aller très vite, et c’est bien dommage. Et donc, grisé par la vitesse, j’en oublie la vacation BLU pour la météo. Et comme d’habitude je m’en tiens à ne pas trop m’écarter de la route, et je passe donc la nuit sous genak; à la vacation du matin, je n’ai pas loin de 30 miles de décalage dans l’est par rapport au groupe de tête, il y a juste Etienne et Aymeric à proximité. J’apprends que les autres ont passé la nuit sous code 5, je suis donc plus près du centre dépressionnaire africain que les autres, j’ai moins de vent, et maintenant il n’y a plus rien à faire.

Le vent est variable en force et en direction, mais globalement reste à l’arrière, le bateau avance lentement. C’est seulement le lendemain soir qu’on repart, les conditions sont top : mer plate 20/25 noeuds ça va très vite, tout le monde est frais et reposé; et donc tout le monde attaque cette nuit là, les moyennes sont très élevées. Denis nous l’a bien fait remarquer le lendemain à la vacation BLU et nous a conseillé de lever un peu le pied pour préserver le matériel. Mais, ce jour là, le vent n’a pas tenu, et, une fois de plus on s’est retrouvé dans une cellule orageuse avec des vents variables faibles. C’est dur pour les nerfs, après une dizaine d’heures ça repart doucement au portant pour toute la nuit.

Au milieu de la nuit l’AIS me réveille et je vois Lucas, j’étais plutôt content, ça veut dire que j’ai gagné des places dans la molle au près. Mais très vite, je m’aperçois qu’on est en route de collision avec Lucas; au début, je pensais qu’il était sur la même amure que moi, mais en fait il était tribord, je n’ai pas eu le temps d’empanner pour l’éviter, j’ai fait partir le bateau à l’abattée pour l’éviter, oups… Et maintenant se pose la question du passage dans l’archipel; Lucas passe par Mindelo de toute façon, parce qu’il a mal au genou depuis plusieurs jours, et,  il ne sait pas si il peut traverser comme ça. Pour ma part je choisis la grande passe, ma pire crainte était les dévents des îles de l’ouest qui sont quand même très hautes. Au matin, je passe à côté de Sao Nicolau mais, je ne la vois pas, et là, l’alizé s’installe enfin pour la journée avec en prime du soleil. Très belle journée de surf sous grand spi, mais le bonheur est de courte durée, en effet le soir on entre de nouveau dans une cellule orageuse.

Le vent baisse donc au début de la nuit, j’en profite pour dormir un peu, mais je suis vite réveillé par l’alarme du pilote qui n’arrive plus à tenir le cap, en effet le vent a complètement tourné, le spi est gonflé à l’envers. Beaucoup de manœuvres s’imposent malgré la fatigue et voilà qu’une pluie glacée et soutenue commence à tomber. Le vent est vraiment instable pendant de longues heures, il faut rester sur le pont pour manœuvrer encore, et là, vient une rafale à 30 noeuds, j’affale le solent d’abord et prend un ris dans la grand voile, j’attends un peu à l’intérieur que la situation se stabilise avant de renvoyer le solent. Mais le vent à vite baissé et l’alizé reprend le dessus, et cette fois ci j’espère qu’il va tenir jusqu’au pot au noir.

 

Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 12:51

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Le départ de Madère a débuté par une belle régate le long de la côte avant de partir vers le large. La flotte s’étale très vite sur la largeur, il y a des choix de route très différents pour partir de Madère et aborder les Canaries. Pour ce qui me concerne, je reste à l’ouest avec Sébastien Rogues et Antoine Rioux.

La première nuit la pétole s’installe, je perds le visuel avec les amis du soir. L’alizé met du temps à venir, mais s’installe bien et se renforce au passage des Canaries, je passe loin à l’ouest de La Palma mais j’ai bien ressenti l’effet d’accélération.

La mer était vraiment mauvaise au point que le bateau enfourne après l’affalage du code 5 et le bout dehors passe sous le bateau et se casse. Je passe la nuit sans le spi. Je commence la réparation qui consiste à couper le tube et recoller la ferrure du bout dehors. Mais là je m’aperçois que ma scie n'est vraiment pas de bonne qualité, cinq lames pour scier un tube ! Puis vient le collage à l’époxy toujours dans la nuit, l’humidité n’a pas aidé au séchage de la résine mais au petit matin j’ai remonté le bout dehors et renvoyé le spi, je suis maintenant dans le dévent de l’île qui est pourtant très loin. Une heure après ça repart gentiment, puis de plus en plus fort au point de faire un départ au tas sous grand spi, c’est bon la colle est bien sèche, la réparation est solide, en route pour le cap Vert.

 

Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 14:04

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Beaucoup d’émotion en ce 25 septembre 2011. On en parlait depuis longtemps et nous y voilà. Il est midi dans le bassin des chalutiers de la Rochelle et l’écluse s’ouvre. Le passage de l’écluse est un grand moment, beaucoup de monde est là, les amis, la famille. Le vent est vraiment léger, donc pas trop de stress pour le départ mais il faudra rester vigilant, 79 minis au départ et vraiment beaucoup de bateaux spectateurs. La météo s’annonce compliquée dans la première partie jusqu’au cap Finistère à cause des vents très faibles. Cette première étape de la transat a été vraiment difficile pour les nerfs, surtout les 6 premiers jours. En résumé la traversée du golfe de Gascogne s'est effectuée dans une pétole monstrueuse dans laquelle je me suis mal positionné. J’ai pris beaucoup de retard au cap Finistère. N’ayant plus rien à perdre j’ai décidé de me placer différemment par rapport à la flotte, soit plus à l’est. Et il n’y avait pas grand risque à faire moins de route quand la météo est incertaine. Ce qui m’a profité sur la fin de parcours.

Cette première étape a été très étrange pour moi, j’ai mis beaucoup de temps à me mettre dans la course à tel point que je n’ai pas eu l’envie de filmer mis à part ces dauphins qui n’avaient pas de mal à me tourner autour vu la vitesse du bateau. Une belle arrivée à Funchal en 7ème position.

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