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La mer est maintenant beaucoup plus plate et organisée, ça permet de faire des surfs assez incroyables. Je découvre avec bonheur que ma quille qui entrait en résonance à partir de 16 noeuds, ne bouge pas, en tout cas jusqu’à 19 noeuds. Le travail de l’hiver a payé, c’était mon angoisse avant le départ, mais finalement il n’y a qu’une journée sur toute la transat où on a eu l’occasion d’aller très vite, et c’est bien dommage. Et donc, grisé par la vitesse, j’en oublie la vacation BLU pour la météo. Et comme d’habitude je m’en tiens à ne pas trop m’écarter de la route, et je passe donc la nuit sous genak; à la vacation du matin, je n’ai pas loin de 30 miles de décalage dans l’est par rapport au groupe de tête, il y a juste Etienne et Aymeric à proximité. J’apprends que les autres ont passé la nuit sous code 5, je suis donc plus près du centre dépressionnaire africain que les autres, j’ai moins de vent, et maintenant il n’y a plus rien à faire.
Le vent est variable en force et en direction, mais globalement reste à l’arrière, le bateau avance lentement. C’est seulement le lendemain soir qu’on repart, les conditions sont top : mer plate 20/25 noeuds ça va très vite, tout le monde est frais et reposé; et donc tout le monde attaque cette nuit là, les moyennes sont très élevées. Denis nous l’a bien fait remarquer le lendemain à la vacation BLU et nous a conseillé de lever un peu le pied pour préserver le matériel. Mais, ce jour là, le vent n’a pas tenu, et, une fois de plus on s’est retrouvé dans une cellule orageuse avec des vents variables faibles. C’est dur pour les nerfs, après une dizaine d’heures ça repart doucement au portant pour toute la nuit.
Au milieu de la nuit l’AIS me réveille et je vois Lucas, j’étais plutôt content, ça veut dire que j’ai gagné des places dans la molle au près. Mais très vite, je m’aperçois qu’on est en route de collision avec Lucas; au début, je pensais qu’il était sur la même amure que moi, mais en fait il était tribord, je n’ai pas eu le temps d’empanner pour l’éviter, j’ai fait partir le bateau à l’abattée pour l’éviter, oups… Et maintenant se pose la question du passage dans l’archipel; Lucas passe par Mindelo de toute façon, parce qu’il a mal au genou depuis plusieurs jours, et, il ne sait pas si il peut traverser comme ça. Pour ma part je choisis la grande passe, ma pire crainte était les dévents des îles de l’ouest qui sont quand même très hautes. Au matin, je passe à côté de Sao Nicolau mais, je ne la vois pas, et là, l’alizé s’installe enfin pour la journée avec en prime du soleil. Très belle journée de surf sous grand spi, mais le bonheur est de courte durée, en effet le soir on entre de nouveau dans une cellule orageuse.
Le vent baisse donc au début de la nuit, j’en profite pour dormir un peu, mais je suis vite réveillé par l’alarme du pilote qui n’arrive plus à tenir le cap, en effet le vent a complètement tourné, le spi est gonflé à l’envers. Beaucoup de manœuvres s’imposent malgré la fatigue et voilà qu’une pluie glacée et soutenue commence à tomber. Le vent est vraiment instable pendant de longues heures, il faut rester sur le pont pour manœuvrer encore, et là, vient une rafale à 30 noeuds, j’affale le solent d’abord et prend un ris dans la grand voile, j’attends un peu à l’intérieur que la situation se stabilise avant de renvoyer le solent. Mais le vent à vite baissé et l’alizé reprend le dessus, et cette fois ci j’espère qu’il va tenir jusqu’au pot au noir.